vendredi 26 août 2016

Mais qu'est-ce que je fais là ? - Introduction à ma grande aventure centraméricaine


Il est 12h21, l'avion décolle.


Sur la piste, parés au décollage


Je ne me souvenais pas que ça bougeait autant, les longs courriers. C'est que mon dernier remonte à un moment maintenant, je n'en ai même aucun souvenir. Je me rappelle Cuba, le premier, avec Iberia comme aujourd'hui. Je me rappelle le Brésil, le premier avion Air France dans lequel j'ai volé, l'impression de luxe. Mais les souvenirs de mon vol pour les Etats-Unis sont devenus difficiles à atteindre, comme si ce genre d’événement pouvait devenir banal. Aujourd'hui, en redécouvrant le paysage au-dessus de Madrid, je réapprends à profiter de l'instant.


Survol de la campagne madrilaine


Et puis je reviens, enfin, sur mon début de journée. Tout s'est enchaîné si vite. Le lever aux aurores, les tristes aux-revoirs avec Mister A, que je venais de retrouver, la queue interminable pour enregistrer mon bagage en soute, le passage de la sécurité comme une lettre à la poste, avec cette procédure que je connais maintenant par cœur : sortir les flacons de liquide, mon téléphone, ma tablette, mon reflex, mon polaroid, ma caméra. L'équipement a évolué au cours du temps, mais les gestes restent les mêmes.

On embarque très vite, à peine le temps de s'acheter un petit-déjeuner hors de prix. La compagnie pratiquant le surbooking, je suis surclassée. Je me retrouve dans une classe business qui n'en a que le nom. On m'a enlevé mon hublot et on l'a remplacé par un journal et une boisson chaude. Je relis les dernières actualités quant à la tragédie qui s'est déroulée à Nice, puis ferme les yeux sur les horreurs du monde et m'endors.

À mon réveil, on atterrit à Madrid. Je reprends vite mes esprits et plie bagage. Il me faut, en un rien de temps, traverser l'entièreté de l'aéroport, prendre la navette souterraine, repasser le contrôle des frontières -l'UE n'existe plus en temps de crise terroriste- puis traverser l'aéroport dans l'autre sens. Ouf, l’embarquement n'a pas encore commencé, il est même en retard.


***


L'immensité sous nos ailes déployées


Nous survolons l'immensité de l'Océan Atlantique. Mon voisin me fait du coude pendant son sommeil et j'essaie de ne pas sombrer, comme lui, à l'appel de Morphée. Il me faut tenir jusqu'au repas, mon estomac ne me pardonnerait pas si je le manquais.

Je m'endors directement après avoir mangé, pour me réveiller emprise de doutes. Qu'est-ce que je fais là ? Non, pire que cela, qu'est-ce que je fais là, seule ? Que m'est-il donc passé par la tête ? A quoi pensais-je, quand j'ai réservé ces foutus billets d'avion ? Surement à toutes ces histoires merveilleuses que je lis sur le blog des autres, ceux qui réussissent. Ceux qui ont appris à apprécier leur propre compagnie. Mais moi, là maintenant, recroquevillée dans mon coin d'avion, je me sens terriblement seule et apeurée. Comment vais-je meubler ces trois semaines de voyage en solo ? Comment vais-je réussir à faire passer le temps au Costa Rica ? Je ne pense même pas à profiter de mon voyage, je pense à la date du retour qui me paraît si loin, je pense aux subterfuges que je pourrais utiliser pour que cette épreuve me paraisse moins longue.
Je pense trop et ne vois plus clair. Les larmes troublent ma vision, mais je ne peux les laisser s'écouler le long de mes joues. Je dois être forte. J'en suis capable. J'ai connu d'autres épreuves, ce n'est qu'une nouvelle à passer. D'autres l'ont déjà enjambée avant moi, cette haie de doutes. Peut-être beaucoup plus simplement d'ailleurs. Je me demande ce que mon frère pensait, à son départ pour trois mois en solo. 


***




22h05, heure française.

Il fallait juste que je vois la côte panaméenne se dessiner au travers des nuages pour que l'orage intérieur se calme. Tout est si différent de la France ici. La façon même dont le sable embrasse l'océan me parait fabuleusement exotique. La couleur de la nature, la géométrie de la civilisation, la topograpograhie de la terre se jetant dans les bras de mer, ça ne ressemble à rien que je ne connaisse. Ou bien... En voyant le fleuve se frayer un chemin au creux des collines vertes, je me souviens. Je me souviens Cuba, je me souviens Vinales. Et je suis maintenant prête à faire face aux montagnes que la vie dresse devant moi, sans ciller face à leur ascension. La première n'est d'ailleurs pas si effrayante : je vais retrouver mon amie Delys, qui m'emmènera voir les recoins merveilleux de son pays pendant une semaine. La vraie épreuve commencera après, mais j'ai le temps. Je décide que pour une fois, je ne stresserai pas à l'avance.


La Vallée de Pinar del Rio, aux portes de Vinales, Cuba

15h20, on atterrit avec quelques minutes d'avance. Une avance que je vais perdre, en restant bloquée à la douane. Je n'ai pas d'adresse au Panama, je ne connais pas celle de Delys et le wifi ne fonctionne pas. Je tente, en vain, d'appeler mon amie panaméenne, mais sa ligne n'a pas été réactivée. Je manque de donner raison à la panique qui m'envahit, la laissant presque me faire glisser au sol, en larmes. Je repense à la garde-frontière en habit de chien de prison, je relis sur ses lèvres le fatidique "sans adresse au Panama, tu ne passes pas" qu'elle m'aboyait en espagnol, je revois ses yeux noirs s'abattant sur les miens plein de détresse. Et je me ressaisie. Ce n'est que le début d'un long voyage, où je devrai apprendre à me faire confiance. Je vais évoluer dans un environnement qui m'est étranger, où je ne parle pas la langue et ne connais pas les mœurs. Je vais surmonter d'autres épreuves, ce n'est que la première, je ne peux pas baisser les bras maintenant.

Je finis par me connecter au wifi chancelant de l'aéroport, note sur mon papier vert la première adresse d'auberge de jeunesse que je trouve et passe, nerveusement, la frontière panaméenne. Toute la famille de Delys est là pour m'accueillir, criant mon nom de l'autre côté des barrières de la zone d'arrivée, comme dans les films, comme j'en rêvais. Ils sont géniaux, tout est parfait ; la sur-climatisation de l'aéroport, la chaleur moite qui colle à la peau dès les portes coulissantes passées, la pluie diluvienne qui s'abat sur nous sans prévenir.
On se sert à quatre à l'arrière de la voiture du frère aîné, comme on le fera chaque fois par la suite. La saison des pluies bat son plein, l'eau s'accumule sur la voie rapide, nous obligeant à rouler au pas.


Perchée au vingt-quatrième étage, l'étendu des possibles face à moi


On pose finalement nos bagages dans le nouvel appartement de Delys. La vue d'ici est à couper le souffle. A partir de cette année, elle étudiera dans la capitale, Panama Ciudad. Nous allons commencer par l'exploration de cette ville, Delys, sa maman et moi. Le reste de sa famille rentre à Chiriqui. Nous les y rejoindrons dans deux jours, afin d'explorer la région dans laquelle Delys et ses frères, Dany et Jose, ont grandi. Cela nous permettra d'explorer les îles paradisiaques de Bocas del Toro, à quelques heures en bus de Chiriqui.


Entre Chiriqui et Volcan





 Qui est Delys ? 



Je l'ai rencontrée en même temps que Melissa, au tout début de mon Erasmus. J'étais en Pologne depuis trois jours, l'année universitaire allait bientôt débuter et l'ESN Politechnika, l’Erasmus student network de la faculté de Delys et Melissa, organisait une semaine d'intégration. L'université de médecine n'étant rattachée à aucun ESN, Lisa -ma camarade française- et moi nous inscrivons sur celui de Politechnika. C'est là que l'on rencontre Omer, l'un des garçons les plus gentils et généreux qu'il m'ait été donné de connaitre. Il nous propose de continuer la soirée dans un restaurant organisant une soirée salsa. J'accepte avec grand plaisir, ça fait longtemps que je ne me suis pas déhanchée sur des rythmes latinos. Sur place, Omer rejoint trois amies, dont Delys et Melissa. On passe la soirée ensemble, puis on se retrouve quelques jours plus tard, au bowling. Mais l'événement qui marque l'avènement de notre amitié, c'est notre rencontre fortuite dans le bus pour aller au lac, un dimanche de septembre. Omer, Delys, Melissa et leurs amis y vont pour un pique-nique, je ne m'y rends sans autre but que celui de sortir de chez moi. Ils me proposent généreusement de me joindre à eux, et nous passons un formidable après-midi. S'en suit une série de bons moments, dont notre roadtrip jusqu'en Lituanie, leur venue en France pour Noël, Stockholm avec Delys et Rome avec Melissa.


Melissa et ma boule de crystal, Rome 2016


C'est assises sur les quais du Rhône, à Lyon, que nous commençons à rêver de notre voyage en Amérique Centrale. Le plan initial est de visiter le Panama, pays de Delys, le Nicaragua, pays de Melissa, et le Costa Rica, où vit la soeur de cette dernière. Malheureusement, la faculté nicaraguayenne de Melissa avance sa reprise des cours, et elle ne peut prendre part à ce voyage. C'est donc seulement chez Delys que je me rends, où je passe une semaine incroyable. Puis je prends la route du Costa Rica, seule, pour trois semaines. Rien n’est organisé pour le moment. Je profite des 10h d’avion pour choisir ma première destination : Cahuita. Après cela, c’est la grande inconnue.



Let’s the adventure begin !






mercredi 13 juillet 2016

L'échappée belle à une heure de Lyon - Article vidéo (1/2)


C'était dimanche. C'était magique.



Je viens d'emménager dans mon nouvel appartement. J'ai passé ma semaine enfermée, assise pendant des heures dans ma chambre d'ado puis dans mon appart d'adulte, à trier et ranger tout ce que j'ai accumulé depuis la maternelle. Ca en fait des choses. Ca en fait, des heures passées à se replonger dans les souvenirs et sa vie d'avant. Alors, au bout d'une semaine, j'ai, plus qu'une envie, un besoin vital : celui de m'évader. Il me faut aller vers l'avant, réapprendre la sensation de la chaleur du soleil caressant ma peau, sentir l'air de la liberté imprimer mes poumons de nouveau. Qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente, je partirai.


Heureuse à la campagne


On a quand même évité le jour de pluie, auquel on a préféré le franc soleil de ce dimanche 3 juillet. On a sauté dans la voiture et on a roulé, pour atteindre ce point de liberté à moins d'une heure de Lyon : le col du Chêne.




Arrivés sur place, il y a peu de voitures et on commence la randonnée tranquillement, dans le silence de la nature. Seuls nos rires viennent troubler le champs des oiseaux. On se retrouve, après un an de relation à distance, et on espère qu'il n'y a personne derrière nous. Pas pour nous, pour eux. Parce que pendant un après-midi, ils entendront nos blagues idiotes qui ne font rire que nous, mais aux éclats.


Vue fleurie sur le Beaujolais


Vous venez avec nous ?


On est partis pour une petite balade, 8.32km, environ 3h de marche, 200m de dénivelé positif puis négatif. Du gateau. Bien sur, à mi-parcours, on se trompe de chemin et on rajoute quelques kilomètres de marche accompagnés de bons mètres de dénivelé positif. Une rando avec nous, ça ne peut jamais se passer tranquillement.


Mister A, avant que l'on se perde



C'est une balade variée, qui commence d'emblée avec de superbes paysages. Elle peut se faire très aisément en plein été : les passages les plus difficiles se font à l'ombre, dans la forêt. Et dès que l'on en sort, la vue se dégage et récompense tous nos efforts. A faire, même avec des enfants en bas âge - on a croisé un couple avec une petite de 2 ans !


Passage à l'ombre des pins


A l’orée du bois


Puis quand la vue se dégage


Devinez qui a fait un bon de deux mètres quand elle a vu ça ?
Un serpent coupé en deux, festin encore bien vivant pour les fourmis du coin.


Retour au calme



C'était parfait pour ma reprise de randonnée, et pour la détente de Mister A, qui passe des semaines bien fatigantes au boulot. J'en ai profité pour tester ma toute dernière acquisition : mon Action Cam, caméra de sport.






Nous aussi on aimerait avoir une telle vue depuis nos fenêtres...

De retour au parking


C'est l'heure de rentrer, mais ce n'est pas fini !
Lire la suite : un week-end aux portes de Lyon, aux pieds des pierres dorées

samedi 25 juin 2016

L'Erasmus, ses non-dits et son hypocrisie, ses vérités, sa face cachée.


Il n'y a pas que des bons côtés à partir en Erasmus. Il y a du stress, de la solitude profonde et transpercente, de l'incompréhension dévastatrice, un égarement lent toujours abattant.

Melissa, dans le train qui nous ramenait à Lublin, après s'être perdues dans la campagne polonaise


Partir en Erasmus, c'est apprendre à gravir des montagnes de stress les unes après les autres, toujours en fermant les yeux sur la suivante, plus haute encore.

Couleurs d'automne à Lublin


On commence par construire un dossier nous forçant à nous projeter loin et à y croire, tandis qu'une boule au ventre grandit en nous : ce projet, qu'il faut défendre corps et âme, nous permettra-t-on de le réaliser ? Et si ceux nous poussant à y croire dur comme fer, afin de nous montrer plus déterminé que tous les autres, et si ceux-là même détruisaient tout d'un simple "non" ?

Pensive face à l'immensité de Rome


Une fois la sentence tombée, vient le moment de l'acceptation : l'affectation que l'on reçoit correspond rarement à notre premier choix. On m'a proposé de devenir Lublinoise alors que je rêvais d'apprendre à être Gdanskienne. Très vite, il faut tout analyser et tout anticiper. On se trompe, bien sûr, mais on ne le sait pas encore. Une montagne à la fois. Certains resteront déjà bloqués à mi-hauteur et feront demi-tour à cette étape. L'Erasmus n'est pas une ascension réalisable par chacun d'entre nous. Mais la supériorité n'a pas sa place ici ; on n'est pas supérieur parce que l'on ose signer la lettre d'engagement, on est seulement plus fou.

Heureuse en Irlande


Généralement, on se rend compte de cette folie dès le premier pas en terre inconnue accompli. On est seul, on est fatigué, perdu et apeuré. On parle ou on ne parle pas la langue officielle, mais cela ne change rien au fait que l'on n'est pas chez soi, que l'on ne reconnait rien et que rien ne fait vibrer en nous cette flamme de joie que l'on recherchait en courant après notre rêve d'Erasmus. La légende se désagrège petit à petit et l'on se demande ce que l'on peut bien faire là.

Street Art sur la rue Lubartowska, Lublin


J'ai eu la chance de passer par une ville que je connaissais déjà, Cracovie, et où je me sentais à ma place. Mais dès mon arrivée à Lublin, je me suis confrontée au paradoxe de cette population : froide au premier abord, si accueillante dès que l'on perce la barrière de la langue et des regards fuyants. Enfin, rien n'y fait, on a beau vous aider avec des sourires et des conseils, vous êtes toujours seul et perdu. Il faut quelques jours, quelques semaines ou quelques mois pour prendre ses repères et arrêter de pleurer dans le noir de sa chambre étudiante. Mais heureusement, nous ne sommes plus seul sur ce chemin de randonnée. Et dans la raideur de la pente à gravir, les liens se nouent très vite.

Premières amies, première soirée, premiers shooters


J'ai eu la chance d'être entourée dès mon arrivée. Les torrents de larmes incontrôlés n'ont inondé mes joues qu'une journée. Mais quand la solitude vous laisse du répit, c'est le stress qui vous rattrape bien vite : après quelques jours passés ici, le prétexte du nouveau venu ne fonctionne plus. Il vous faut vous débrouiller comme un grand maintenant. Il vous faut tout apprendre à tâtons, démarcher des banques où aucun employé ne parle anglais, faire vos courses au hasard des packagings, progresser dans un labyrinthe de nouveautés. En bref, il vous faut vous reconstruire une vie. Cela passe souvent par trouver un logement où vous pouvez évoluer dans une atmosphère chaleureuse et épanouissante. Plutôt simple et louable, comme projet, non ? Quelle source de stress cela a pu être pour moi, si vous saviez ! D'abord logée dans un dortoir universitaire aux allures de camping municipal mal entretenu et aux règles de sécurité dignes d'une prison, je me suis retrouvée en colocation avec un grand timide qui osait à peine me croiser et un manipulateur louche aux allures de narcotrafiquant. Pendant quelques temps, je vivais dans la peur de voir débarquer la police à tout moment chez moi, avec l'odeur de ce qui n'était pas du tabac m'accueillant chaque fois que je passais le pas de notre porte. Et puis, j'ai gravi cette montagne d'obstacles comme les précédentes : en mettant un pied devant l'autre sans jamais ne brûler d'étape. Le grand timide a adopté un chat qui a délié sa langue et m'a apporté toute la chaleur dont j'avais besoin, le dealer a arrêté ses comportements louches et a respecté mes distances de sécurité. Un quatrième membre a agrandi ce qui était devenu une famille riche de multiculturalisme et d'hétérogénéité.

Liberty à 8 semaines, octobre 2015


Mais bien sûr, tout a éclaté. Une montagne en cache toujours une autre. L'un est parti du jour au lendemain sans donner de nouvelles ni d'explications, l'autre est tombé dans l'alcoolisme profond, le troisième s'est renfermé plus encore qu'au début. Par chance, je n'ai jamais eu de problème avec aucun, je me suis même beaucoup rapprochée du grand timide à l'allure maintenant triste et aux traits tirés. La guerre froide a éclaté à l'appartement, et je ne pouvais que regarder cela avec tristesse et désolation. Puis la bombe à retardement s'est faite désamorcée : notre colocataire alcoolique et endetté s'est fait expulser. Alors maintenant vient cette question fatidique mais si révélatrice pour moi : vous étiez-vous imaginé le calvaire qu'a été la création d'un chez moi décent, quand je vous présentais la rue Lubartowska, celle qui me menait au centre ville tous les jours pour mes cours ou les sorties ; ma préférée, celle qui possède la pire réputation de la ville ?

Lublin sous la neige, rue Lubartowska


Je vis dans le quartier des alcooliques, mais qu'est-ce que je m'y sens bien ! Je vous jure, j'y trouve toute la simplicité que j'étais venue chercher en Pologne. Encore faut-il savoir apprécier les murs fissurés et décrépis, les pavés brisés foulés par des hommes louches qui vous suivent du regard. Bien sur, je ne l'ai pas raconté cela. Parce que l'étudiant Erasmus est le représentant du rêve éveillé et qu'il ne faut pas briser cette illusion malsaine.

Façades ensoleillées et décrépies, rue Lubartowska


J'avoue y avoir moi aussi succombé au début. Il faut prendre des photos de chaque nouvel événement, le partager au plus de monde possible et en parler au superlatif, toujours. Puis je suis allée voir les profils Facebook de mes collègues, j'ai comparé chaque détail de leur histoire à la mienne et j'ai commencé à rêver de l'Erasmus que je n'avais pas : je suis redevenue celle qui rêvait de cette vie faite de soirées, d'amitiés, de voyages et d'aventures, cette vie que je pensais ne pas avoir. Oui, je me sentais bien minable face à mes camarades d'aventure qui me faisaient dévaloriser la mienne sans le savoir. J'ai fermé le clapet de mon ordinateur, j'ai retrouvé mon copain à Bruxelles, je suis partie en road trip jusqu'en Lituanie en étant la seule conductrice, avalant les kilomètres de routes sinueuses, je suis repartie, seule cette fois, en hiver sous la neige sur les routes polonaises, j'ai survécu et j'en ai redemandé, je suis partie avec des inconnus, on s'est fait pleurer mutuellement mais beaucoup rire aussi, et on a eu le droit à un face à face avec un bison sauvage au coucher du soleil. Mais j'ai arrêté de partager chaque moment sur les réseaux sociaux, j'ai arrêté d'alimenter cette sphère à cauchemar. Maintenant, mon amie Ana me demande de poster nos photos de voyage et de soirée pour montrer qu'elle a des amis, comme elle le dit en plaisantant. Elle a cet humour droit et vrai que j'adore. Après un an en Erasmus, on connaît le système.

Antonio, Jeanne et Pierpaolo,
observant le lever de soleil sur la campagne de Ryn, Pologne


Mais l'Erasmus n'est pas fait que de bons moments qu'il faut amplifier sur la toile du net. Il y a aussi l'incompréhension, l'inattention des autres et leur jalousie mal placée.
J'ai mis énormément de temps à comprendre le fonctionnement de la division européenne à la fac de médecine de Lublin. J'avais beau demander, les réponses ne me suffisaient jamais. J'ai loupé des cours parce que personne ne m'a jamais expliqué le fonctionnement étrange des emplois du temps polonais ; ni le Dean's Office, pourtant chargé de nous les transmettre, ni mes camarades, qui déplaçaient nos jours de stage sans jamais me consulter ni même me prévenir. J'ai loupé des occasions d'apprendre parce que je n'ai pas osé demander, me sentant comme le vilain petit canard au milieu d’hypocrites me prenant comme une menace. J'ai du m'accrocher et batailler pour assister à des cours et participer à des examens où les professeurs m'oubliaient continuellement. Et puis certains ont compris et m'ont finalement accueillie par des grands sourires chaque matin : bien qu'Erasmus, j’étais tout de même ici pour apprendre, ce n'était pas une année de vacances et de farniente. J'étais soumise au stress comme eux, au surmenage en période d'examens et à la fatigue quotidienne.

Mes camarades de stage : Alex, Maria et Cintia, et moi, en boîte de nuit
Faites comme si mes yeux étaient ouverts


Bien sûr, en tant qu'Erasmus, on a un emploi du temps plus léger ; bien sûr, on passe souvent à travers les mailles du filet. Mais on ne fait pas rien, on ne passe pas une année à se tourner les pouces et compter les moutons irlandais. Ici, j'ai dû passer deux rattrapages avant de réussir à valider l'une de mes matières ; ça ne m'était jamais arrivé en France. J'ai pleuré de stress ou de panique face à mon emploi du temps et à ma charge de travail, j'ai eu envie de tout envoyer balader comme ça ne m'était jamais arrivé auparavant. Certaines montagnes ont été bien plus difficiles à franchir que d'autres, mais chaque nouvelle blessure m'a rendu plus forte pour me protéger de la suivante. J'ai trébuché et j'ai cru ne jamais me relever. J'ai vécu des moments de joie, d'amitié et d'amour hors du commun. J'ai vécu, comme tout un chacun. L'Erasmus n'est pas un an au paradis, c'est une année où l'on apprend la vie différemment.

Lanternes dans un cimetière de Lublin, pour la Toussaint


L'Erasmus n'est pas un voyage. L'Erasmus est une expatriation cachée, une nouvelle vie, un ailleurs, un autrement. Une façon de penser et d'expérimenter, un "you only live once" revendiqué tous les jours, une course contre la montre qui dure un an. Il faut voyager le plus possible, sortir le plus possible, se faire plus d'amis que le voisin, surtout que celui resté loin. Il faut essayer, tout et n'importe quoi, tomber mais ne jamais le montrer, être triste mais toujours paraître heureux. L'Erasmus est une mascarade permanente en même temps qu'une expérience de vérité absolue. Pour vos proches restés en France, vos connaissances qui vous suivent pour se distraire, il faut être tout ce qu'ils rêvent d'être : un fêtard, un voyageur, un beau gosse, un glandeur, un idéal qui gagne tout en ne faisant rien. Mais pour ceux que vous rencontrez ici, ceux qui voient et vivent l'envers du décor, il faut être vous, dans sa plus difficile simplicité. Le vrai vous. L'Erasmus ne se vit qu'une fois, à quoi bon le gâcher à faire semblant ? Alors vous vous testez : peut-on m'aimer quand je suis moi-même ? Le temps d'une soirée arrosée, puis d'un week-end ensoleillé, d'un road-trip improvisé, vous vous laissez aller. Il n'y a plus de retenue, puisque ça n'arrivera qu'une fois. Alors, bien sûr, il arrive que ça ne colle pas ; ça ne peut pas coller avec tout le monde. Vous chutez, vous recommencez. Jusqu'à trouver les bons. Ceux qui ont lu en vous dès le premier regard, ceux qui ont cru en vous dès la première parole. Ceux qui vous ont aimé dès le premier éclat de rire et qui vous suivront jusqu'au dernier. La vie derrière le rideau devient permanente, l'Erasmus une façon de vivre ; la vôtre.

Heureuse en Irlande, de nouveau


L'Erasmus se pense, se respire, se recrache telle l'eau salée avalée en buvant la tasse, se désire comme le rêve enfin vécu éveillé. C'est un paradoxe permanent qui dérègle votre horloge interne, déplace vos repères et vous dévoile un nouveau point d'équilibre. Pendant un an, vous réapprenez à vivre, loin de tout et au plus proche de vous. Il faut vous recréer une famille, des amis, des loisirs et des corvées, une vie et des envies. Pour un an, vous n'êtes plus le même puisque vous êtes enfin vous même. Pour un an, ou plus longtemps ? Mon spectacle, le vrai, le seul où je ne joue pas mais m'amuse comme jamais, va-t-il prendre fin demain ?

Le ciel au-dessus de chez moi, à Lublin



vendredi 17 juin 2016

Surprise à Copenhague - article vidéo


C'est la fin de mon Erasmus et je suis fatiguée de voyager. Il ne faut pas le dire, parce que j'ai une vie de rêve et je le sais. Mais ça fait cinq mois que je ne suis pas rentrée en France, mon corps et mon esprit se fatiguent à se rendre flexible.

Je manque presque mon train : j'arrive sur le quai de la gare cinq minutes après l'heure de départ prévu. Ma bonne étoile brille au dessus-de moi ce jour-là : le train est en retard, pour la première fois. Une foule de voyageurs s'impatiente : on attend qu'ils rajoutent trois wagons.
On finit par partir, avec quarante minutes de retard. J'espère ne pas louper mon avion à cause de ça, mais je me détends : on a été surclassé, les wagons ajoutés sont des wagons de première classe.
Est-ce que la vie essaie de me dire que ce voyage sera bien au dessus de mes attentes ? Elle a raison.


Alice et moi, après avoir fait la queue
pour avoir notre photo à l'endroit le plus touristique de Copenhague


lundi 6 juin 2016

J'ai retrouvé mon frère - article vidéo


Coucher de soleil à Cracovie


Première photo de moi à Cracovie, la même que deux ans auparavant



Dimanche 20 mars 2016

Ce sentiment de vide quand tu rentres de voyage, comme si le temps s'était étiré et avait tout pris en toi...

mardi 24 mai 2016

Lviv, tu as fait de moi une princesse - Balade n°1

Vous vous souvenez, on était partis pour un week-end, du vendredi soir au lundi matin, je vous expliquais tout ici. Mais ce que je n'ai pas dit, c'est la beauté des façades, l'ambiance calme, posée et accueillante, le sourire des commerçants, l'émerveillement permanent. Je vais essayer de vous le livrer ici, mais j'ai bien peur que vous ayez besoin d'aller sur place pour saisir Lviv dans son ensemble.


Ana face à la réalité


On n'y est pas restés très longtemps et pourtant j'ai tant de choses à vous montrer ! Oui, Lviv est une ville hallucinante par sa beauté et sa diversité.

jeudi 12 mai 2016

Varsovie #1 - Tu as été mise à terre mais jamais détruite


Photo classique de la vielle ville


A Varsovie, il y a cette atmosphère toute spéciale
que l'on perçoit dès la première seconde
mais que l'on ne peut comprendre du premier coup.


Panorama sur la place du marché, dans la vielle ville, appelée Rynek Starego Miasta ; pris par ma maman

A Varsovie, j'y été passée et repassée, mais je ne m'y étais jamais arrêtée.
Pourtant, j'en avais entendu parler, et toujours en bien.
Tu devrais y aller, c'est super.

Alors j'y suis allée. Et c'était plus que super.

On commence par la vieille ville - vieille de 60 ans.
Vous nous suivez ?

mercredi 13 avril 2016

Lviv, tu as fait de moi une princesse - Côté pratique


Lviv. Douce sonorité.
Comme le flot d'une rivière coulant paisiblement un jour de printemps.
Lviv. Mystère et nouveauté.




Lviv se présente comme l'enfant d'un étonnant mariage : celui de Vienne, en Autriche, et Cracovie, en Pologne. Les façades colorées de sa Rynok rappellent celles des Rynek polonaises. Les arabesques blanches ornant les bâtiments de ses rues font écho à celles de Vienne. Pas étonnant que je m'y sois sentie si bien si vite. Je suis comme chez moi, et en même temps je suis catapultée à des kilomètres. On y parle l'Ukrainien qui ressemble au Polonais de si près, mais la vie n'est pas la même. Ici, la circulation n'a pas de loi. Ici, les prix sont encore plus bas. Ici, la bonne humeur règne en maîtresse. Je suis bien loin des minutes interminables à attendre pour rien devant les feux polonais, des prix bas mais qui s'additionnent très vite, des visages fermés de la Pologne. Ici, on virevolte dans les rues, au soleil sur la place du marché. Ici, je me sens comme une princesse. Soudain, j'ai droit à tout.

samedi 9 avril 2016

Je suis nominée aux Liebster Awards !


Il y a deux semaines, j'ai reçu une super nouvelle !

Je n'en croyais tellement pas mes yeux que j'ai dû relire deux fois
le joli commentaire que Nathalie m'a laissé avant de réaliser.
Alors j'ai suivi son lien, j'ai lu son article, une fois, deux fois.

Elle m'a nominée.
Mon nom est sur la liste.
Je n'en crois pas mes yeux. 







Qu'est-ce qu'un Liebster Award ?

mercredi 9 mars 2016

Un week-end au Paradis : la randonnée où j'ai cru mourir (2/2)




***

Vous avez envie d'évasion et de soleil ? Moi aussi !
Venez, on essaie de terminer notre randonnée en enfer paradisiaque... Arriverons-nous au bout ?

Si vous avez loupé le début, c'est par ici : L'ascension, passant par Mars et Pluton !

***


Il nous restait donc à gravir les dernières pierres. Cette partie était la plus difficile techniquement : pente très raide et sol glissant. Le fatigue se faisait largement ressentir. Si ça n'avait tenu qu'à moi, je ne serais pas montée.