Depuis notre fenêtre de bonheur

Assister à ma conférence du vendredi soir, devenue hebdomadaire cette année, et écouter la conférencière sans vraiment y prêter attent...




Assister à ma conférence du vendredi soir, devenue hebdomadaire cette année, et écouter la conférencière sans vraiment y prêter attention. Gesticuler sur ma chaise comme une enfant trop impatiente de partir. Enfin, applaudir et me lever, ranger mes affaires en toute hâte. Démaniétiser la porte d'entrée du Centre, taper ton nom sur mon clavier, entendre le son de ta voix dans le combiné, te chercher du regard. Te trouver, toi parmi le balais de voitures, m'avancer, un sourire timide sur les lèvres. Monter, claquer la portière, une seule image en tête : les monts enneigés. 22h45, on est partis.

Arriver un peu tard, allumer les radiateurs à fond. Ne même pas prendre le temps d'ouvrir fenêtres et volets, qu'importe, il fait déjà noir dehors. On découvrira les trente centimètres de neige sur le balcon demain, on aura le temps. Déplier le lit, s’emmitoufler en toute hâte. Prendre le temps d'apprécier la chaleur de tes bras autour de ma taille et le rythme régulier de ton souffle dans mon cou. M'endormir bien vite et me réveiller toujours dans la même configuration, tes bras autour de moi, quelle que soit notre position. Entendre le réveil sonner à répétition, sentir ton corps bouger, se réveiller. S'extirper du lit après une trop courte nuit mais motivés par la promesse d'une belle journée. Il fait déjà si beau !




S’emmitoufler de nouveau, de couches et surcouches. Les températures seront négatives aujourd'hui en France, encore plus ici en Isère. Te regarder t'impatienter comme un enfant trop pressé, c'est ton tour. Monter dans la navette puis faire la queue aux caisses. "Bip", feu vert, allez-y, amusez-vous bien. Premier télésiège, première piste. Retrouver ces sensations hivernales qui nous avaient tant manquées. Se retrouver, aussi. Que tous les deux dans ce cadre merveilleux, quelle chance. Elaborer le plan de notre journée, l'enchaînement des pistes et des bonheurs. Se faire plaisir, te regarder respirer le bonheur. T'imiter et m'en donner à coeur joie.




Chercher le coin parfait pour s'arrêter, un peu fatigués et l'estomac creusé par toutes ces émotions. Discuter depuis le télésiège, se mettre d'accord. Déchausser les ski, gravir la pente ardue à l'aide des bâtons. Enlever notre manteau, s'assoir dessus. Profiter. Entendre les bruits de la station étouffés par la neige, celle qui s'est faite tant désirer cette année. Observer l'harmonie entre la nature et les Hommes depuis notre promontoire, pain et charcuterie à la main. Ressentir le bienfait du soleil sur notre peau d'hiver, nos lèvres gercées par le froid. Fermer les yeux un instant puis repartir. Pas de temps à perdre, la journée est bientôt terminée.




Glisser, tourner, glisser, s'arrêter. Attraper la perche, glisser, la lâcher, glisser. Répéter ce schéma à l'identique et pourtant différent chaque fois. Jusqu'au dernier moment. Déraper sur une plaque de verglas et choisir la prudence. Ecouter nos corps endoloris, rentrer. Partir tout droit à travers sapins et champs de poudreuse, te suivre sans savoir où je vais mais sans freiner, c'est la règle. Reconnaître, enfin, l'esquisse de l'appartement. Déchausser, une ultime fois, et monter se réchauffer. Faire bouillir le lait, y ajouter le chocolat. Se sourire, épuisés mais heureux.






Se coucher tôt, en profiter pour traduire notre amour en étreintes. M'endormir tout contre toi, encore une fois. Me réveiller auprès de toi, cette place que j'affectionne tant, la plus belle au monde. Petit-déjeuner à onze heures du matin, après avoir fait le tour du cadran. Goûter à ce sentiment de bien-être qui me rappelle mes dimanches adolescents. Me mettre au travail, doucement, pendant que tu te détends. La dure loi de médecine, comme dirait Laura.












Fermer mes cahiers au bout de quelques heures et s’emmitoufler de nouveau. Passer prendre les luges à la cave, tout excités. Se mettre d'accord sur la montagne à gravir et retomber en enfance, encore une fois. Puis, entre deux éclats de rire, avoir l'impression d'étouffer, me voir mourir, ensevelie par la neige. Refaire surface, paniquée, me mettre à pleurer. Te voir me consoler maladroitement, sans comprendre ma réaction. Est-ce que j'ai mal, est-ce que ça va ? Analyser, t'expliquer. T'expliquer que je viens de revivre ma noyade de mes six ans, la sensation de ne pas pouvoir remonter à la surface. La panique extrême, la peur abyssale, celle de s'éteindre. Accepter ton étreinte et rire, finalement. C'est vrai que c'était une belle gamelle celle-là ! Gravir la montagne de nouveau, pour vaincre ma peur de la vitesse et de la chute, de l'ensevelissement. Si je ne le fais pas maintenant, je ne le referais plus jamais. Rire encore et décider de rentrer, motivés par le froid. Le soleil décline et nous avons de la route.








Secouer nos vêtements plein de neige, se remémorer encore nos instants de bonheur de ce week-end à deux. Regarder par la fenêtre de l'appartement et remercier la vie de nous offrir ce petit coin de paradis. Notre cocon de fraîcheur au coeur de l'été, de chaleur au creux de l'hiver. Notre alcove de bonheur. Rêver du jour où je reverrai, par la fenêtre, ces monts dont je pourrais dessiner les arrêtes les yeux fermés maintenant, enneigées comme déplumées. Y jeter un dernier regard, partir et vouloir revenir déjà.




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8 réactions

  1. Un très joli texte, pour un très joli week-end en amoureux ! Qu'elles font du bien ces échappées belle...

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    1. Merci beaucoup Aurélie, ça me fait vraiment plaisir. Oh oui, elles font du bien... Je me réjouis déjà de la prochaine, vite vite ! :)

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  2. Un bien joli texte, je me suis laissée emporter avec plaisir dans ton histoire <3

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    1. Il m'a été difficile de répondre à vos gentils commentaires sur cet article parce que, peu de temps après sa mise en ligne, notre couple a eu un (petit) passage à vide... On remonte doucettement la pente et ça y est, je peux relire ton adorable commentaire avec un sourire aux lèvres. Merci beaucoup Amélie <3

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  3. Jolie atmosphère intimiste qui sied à ces paysages enneigés... pattes de velours, bruits feutrés, tête à tête en amoureux... et de belles photos pour illustrer ! j'aime ce joli souvenir !

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    1. Merci beaucoup Alexandra, tes commentaires me remplissent toujours de bonheur : celui que mon travail continue à te plaire, celui de lire tes jolis mots, celui de te compter parmi mes lectrices fidèles et amies.
      A très vite !

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  4. Ces photos sont superbes et me donnent envie d'aller à la montagne!
    Ce qui m'attire c'est ce beau ciel bleu et cette neige éclatante ! Quel régal !

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    1. Olala, je viens de me rendre compte que je n'avais pas répondu à ton commentaire. Vraiment désolée ! Merci beaucoup en tout cas, je suis contente de le redécouvrir, il est si gentil.

      Moi ausi, ça me donne envie de retrouver la montagne sous son manteau blanc. Malheureusement, la neige s'est enfui pour cette année, il va falloir attendre...

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Julie La Blogtrotteuse©. Fourni par Blogger.