Varsovie #1 - Tu as été mise à terre mais jamais détruite

Photo classique de la vielle ville A Varsovie, il y a cette atmosphère toute spéciale que l'on perçoit dès la première seconde...


Photo classique de la vielle ville


A Varsovie, il y a cette atmosphère toute spéciale
que l'on perçoit dès la première seconde
mais que l'on ne peut comprendre du premier coup.


Panorama sur la place du marché, dans la vielle ville, appelée Rynek Starego Miasta ; pris par ma maman

A Varsovie, j'y été passée et repassée, mais je ne m'y étais jamais arrêtée.
Pourtant, j'en avais entendu parler, et toujours en bien.
Tu devrais y aller, c'est super.

Alors j'y suis allée. Et c'était plus que super.

On commence par la vieille ville - vieille de 60 ans.
Vous nous suivez ?

Mon beau-père marchant sur la Rynek Starego Miasta, la place du marché


Après un début chaotique et le premier après-midi passé à attendre les clefs de notre location, on a pu commencé à visiter ! Ni une ni deux, on s'est attaqué à ce qu'on pensait être le commencement de tout : la vielle ville.


Jeu de lentilles depuis le clocher de l'Eglise Sainte-Anne, Kościół Akademicki św. Anny


La vielle ville est enclavée dans la ville moderne et s'intègre très bien au paysage urbain. Elle fait d'ailleurs partie de mes visions préférées à Varsovie. C'est que j'étais déjà passée devant ces maisons tellement de fois, sans jamais pouvoir demander au bus de s'arrêter pour moi. Je touchais enfin le but du bout des doigts, je l'immortalisais finalement au travers de ma lentille.
Prenez l'un des tramways traversant la Vistule par le pont Śląsko-Dąbrowski, arrêtez-vous à Stare Miasto (Vielle ville) et levez les yeux : vous y êtes.


Vue directe depuis l'arrêt Stare Miasto


Au cours de la Seconde Guerre Mondiale, la vielle ville a été détruite à 85%. Pas par des bombardements. En représailles.

Pour s'être trop et trop bien battus, les Varsoviens ont été punis.
Les Polonais sont occupés par les Nazis depuis le début de la Seconde Guerre Mondiale -c'est après le franchissement de la frontière par les troupes allemandes que la Pologne entre en guerre contre Hitler, accompagnée de l'Angleterre à laquelle elle est alliée. En un mot, la Pologne, c'est le début de notre guerre, à nous Français, et pourtant nous l'avons oubliée. Nous avons laissés les pollacks se faire massacrer. Nous ne savions pas. Eux, vivaient l'occupation chaque jour, et la résistance à chaque instant. Oui, l'armée germanique occupait le sol polonais, oui, le Reich rêvé par Hitler dominait sa politique. Mais le coeur des Polonais leur appartenait toujours, et ils n'allaient pas laisser l'ennemi le leur enlever. Alors ils se sont battus à main nues contre des canons, et ils ont été punis. Punis de l'Insurrection Juive qui a repoussé les nazis pendant trois semaines aux portes du Ghetto de Varsovie. Punis de l'Insurrection de l'armée secrète, poussée comme un dernier cri d'espoir en 1944. Punis pour avoir voulu choisir leur mort. Chacun connaissait sa fin, personne ne savait de quelle façon elle allait être écrite. Ils ont voulu avoir leur mot à dire sur comment rendre leur dernier souffle au diable nazi, mais même cette liberté était trop demander. Punis, les habitants de Varsovie ont été punis d'avoir crié leur humanité à une armée dénuée d'âme et de raison.


Pomnik Powstania Warszawskiego, le Monument de l'Insurrection de Varsovie,
devant le Palais de Justice. Coïncidence ?

Reflection du Palais Krasińskich dans la façade du Palais de Justice


Aujourd'hui, il fait bon se balader dans ses ruelles et s'arrêter sur la place du marché pour prendre un café.


Café sur la Rynek Starego Miasta, l'ancienne place du marché

Couple sur la Rynek Starego Miasta


Aujourd'hui, il fait bon vivre, à Varsovie. Qu'en était-il, au moment où l'armée russe a libéré une ville où ne subsistait qu'un dixième de sa population, enfermé dans un dixième de ses murs ?


La vielle ville vue de l'extérieur


Que sont les cris d'aujourd'hui, face au silence pesant d'une ville mise à feu et à cendres ?


La colonne de Sigmund III de Vasa, Kolumna Zygmunta III Wazy, tournée vers le passé


Après la guerre, les Russes, qui occupent la Pologne et l'englobent dans l'URSS, autorisent Varsovie à se reconstruire. Le gouvernement communiste a bon cœur, mais sa main ne l'atteint pas. C'est aux Polonais eux-mêmes de financer chaque nouveau mur bâti. Ils manquent de moyens, ils manquent de main d'oeuvre. Les matériaux utilisés sont de mauvaise qualité, les artisans sont en réalité des étudiants en cours de formation, que l'on envoie là comme sur un chantier didacticiel.

La vielle ville renaît vite, mais mal, de ses cendres. Au premier abord, on n'y voit que du feu. Mais en se baladant, on découvre la peinture tombant des murs fissurés, érigés seulement soixante ans auparavant. 


Gros plan sur un mur décrépit, par ma maman


En s'attardant sur la peinture, on finit par se demander : les maisons ressemblaient-elles à cela, avant la guerre ? Non. Les Polonais ont fui ce souvenir, celui d'une Europe tourmentée par une crise financière et politique. Ils ont préféré en recréer un autre, trop loin pour que les malheurs transparaissent encore.


L'intérieur du château, reconstitué selon l'apparence qu'il avait au cours de deux siècles différents


En se basant sur des peintures et récits, ils reproduisent la vielle ville telle qu'elle était au dix-huitième siècle. Et si rien ne peut appuyer le travail des architectes, ils ré-inventent. Ainsi est construite à Varsovie la plus récente cathédrale gothique, érigée à la fin du vingtième siècle.


Bazylika Archikatedralna


L'intérieur des églises de Varsovie est pauvre. D'une part, parce que la Pologne, dont le Clergé polonais, sort très appauvri de la guerre. D'autre part, car le régime communiste s'oppose à la théologie religieuse. Si l'Eglise voulait garder les portes de ses lieux de culte ouvertes, il lui fallait se faire discrète.


Lumières vectrices d'espoir dans la pénombre du Communisme


~ ~ ~

Lorsque l'on connait son histoire, le charme des ruelles de la vielle ville n'en est que plus envoûtant. Maintenant, l'air y est paisible et léger. La gaieté des façades polonaises vous mettent du baume au coeur. Pour moi, c'est un pari réussi.


Façades à l'entrée de la vielle ville de Varsovie


L'intérieur du château de Varsovie, Zamek Królewski w Warszawie


Rue principale de la vielle ville, Świętojańska, menant à la place du marché


Rynek Starego Miasta, la place du marché,
et l’emblème de la ville de Varsovie - la sœur de la Petite Sirène, arrêtée à Copenhague


Pigeons et enfants sur la Rynek Starego Miasta


Sortie de la vielle ville par la Barbacane, Barbakan Warszawski


Du côté de la nouvelle ville, Nowego Miasto


Mémorial aux résistants dont on ne parle pas : les enfants.
Monument du petit insurgé, Pomnik Małego Powstańca

Lors de l'occupation nazi, ce sont les enfants qui délivrent les courriers que s'échangent les familles. Ce sont eux qui courent dans le froid pour remettre les bonnes et mauvaises nouvelles, l'espoir ou le désespoir. Ce sont eux qui se font tuer par la barbarie nazi, à coup de mitraillettes dans le dos. Ce sont eux les plus grands, du haut de leur petit mètre. Ils ont fait battre le coeur des Varsoviens, comment oublier la cruauté dans laquelle ils se sont éteints ?

Marcher dans les rues de la vielle ville de Varsovie, c'est accomplir un devoir de mémoire.



La Voie Royale au premier plan, Krakowskie Przedmieściela ville moderne à l'arrière plan.
Photo prise depuis le clocher de l'Eglise Sainte-Anne, Kościół Akademicki św. Anny


Ma maman et moi, en haut due clocher de l'Eglise Sainte-Anne.
C'est le matin, on a peu dormi, il fait froid, le vent cingle,
mais on est ensemble et on immortalise ce moment,
c'est tout ce qui compte.


Vue d'ensemble sur la Stare Miasto depuis le clocher de l'Eglise Sainte-Anne.
Photo prise par ma maman


Ma maman, photographiant l'autre côté de la rive... Je vous en parle une prochaine fois, promis.


Si vous voulez savoir ce qui se trouve de l'autre côté de la rive, ce sera par ici.
:)

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6 réactions

  1. J'ai adoré et attend avec impatience la découverte de Praga de l'autre côté de la Vistule...

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  2. J'ai ADORE cet article. Un de mes préférés sur ton magnifique blog !
    J'adore les photos. Toutes ou presque. Autant les photos d'ensemble, vues de la ville, des places, etc, que les images de détails (lentille, fleurs posées sur la table, bougies). Tu as merveilleusement rendu l'âme et l'atmosphère de cette ville, la douceur et la mélancolie.
    J'adore les histoires. La reconstruction improvisée, fantasmagorique, la ville imaginaire pour combattre la violence de l'histoire. Cela m'émeut énormément.
    Je ne connais hélas pas Varsovie (je vais y remédier), mais plusieurs autres villes qui lui ressemblent, détruites par les horreurs de la guerre et renaissant de leurs cendres : Würzburg, Dresde. Prague n'a pas été détruite, mais le coeur slave y bat aussi. De Pologne, je ne connais que Poznan, dont l'histoire multiculturelle m'avait touchée. Varsovie me fait un peu penser à elles toutes... et elle a quelque chose en plus. Quelque chose de poignant. Ville martyre, ville courage, ville qui renaît...
    Il FAUT que j'y aille. Bravo et merci !

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    1. Oh merci Alexandra, ton commentaire m'a vraiment fait super plaisir.
      Et moi, je ne connais pas Würzburg ni Dresde. Enfin, de nom, mais c'est tout. Et si elles ressemblent à Varsovie, je devrais y aller !
      Oh Poznan, j'ai beaucoup aimé aussi. Deux articles à propos de mon cours séjour à Poznan sont en préparation (parmi tant d'autres) ;).
      Moi, "ville martyre, ville courage, ville qui renaît", ça me fait penser à toutes les villes de Pologne que j'ai visitées en fait. La Pologne est poignante de par son histoire et sa force.

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  3. Il faudrait que j'aille en Pologne un de ces jours. Peut-être que je tomberai sur ma famille, haha ! :D

    J'aime terriblement tes photos. ♥

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    1. Ouiiii, saute dans un avion et vas-y !!! Franchement, c'est un pays qui vaut le détour. Ca peut paraître étrange, mais je reste un peu polonaise dans mon coeur... Chaque fois que j'entends du polonais ou lis quelque chose à propos de ce pays, un sourire étire mes lèvre et mon coeur bat un peu plus fort <3

      Merci beaucoup beaucoup pour les photos ! Les conditions n'étaient pas faciles, pourtant, avec le vent froid qui me glaçait les mains et ce ciel gris un peu embêtant. Je suis néanmoins contente du résultat, et très heureuse qu'il te plaise !

      xx <3

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Julie La Blogtrotteuse©. Fourni par Blogger.