Un week-end au Paradis : la randonnée où j'ai cru mourir (2/2)

*** Vous avez envie d'évasion et de soleil ? Moi aussi ! Venez, on essaie de terminer notre randonnée en enfer paradisiaque....




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Vous avez envie d'évasion et de soleil ? Moi aussi !
Venez, on essaie de terminer notre randonnée en enfer paradisiaque... Arriverons-nous au bout ?

Si vous avez loupé le début, c'est par ici : L'ascension, passant par Mars et Pluton !

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Il nous restait donc à gravir les dernières pierres. Cette partie était la plus difficile techniquement : pente très raide et sol glissant. Le fatigue se faisait largement ressentir. Si ça n'avait tenu qu'à moi, je ne serais pas montée.


Nous avions déjà été gâtés par des vues magnifiques, j'avais ce que j'étais venue chercher : des images à couper le souffle et l'effort physique, le dépassement de soi. Mais Mister A tenait à ce que l'on aille jusqu'au bout de nos efforts. Il a pris mon sac à dos et a ouvert la voie. Tout à coup, je me suis sentie tellement légère, comme si des ailes avaient poussé dans mon dos ; un second souffle m'animait. Et finalement, les derniers mètres ont très vite défilé sous nos yeux, impatients de découvrir la vue que nous étions venus cueillir...


Le sommet, enfin atteint ! Un petit regard en arrière et on se remet en route, sur du plat cette fois...

Mister A, impatient de découvrir l'ampleur de notre victoire...
Ou seulement plus assez patient pour m'attendre, le temps que je prenne tout en photo

Mister A, portant nos fardeaux

La statue de Saint-Eloi, protégeant le paysage

Jolie récompense, non ?


Bien qu'on aimerait rester là-haut des heures à admirer la vue, il nous faut reprendre la route...
On ne trouve aucun chemin, alors on décide de descendre au hasard du pierrer ; et on s'en donne à cœur joie ! J'ai retrouvé toute mon énergie en même temps que les sensations de ma jeunesse passée à randonner dans le sud de la France. 
Je m'arrête tout de même quelques instants, juste assez pour ré-atterrir sur terre, récupérer mon souffle et, surtout, prendre quelques photos...

Le Grand Taillefer,
timidement caché derrière les petites pierres du pierrier



Et si on jouait à Où est Charlie ? A vous de trouver Mister A sur cette photo !


La réponse en image...



Arrivés là, on prend à droite ; c'est ce que nous conseille Visorando et on a d'ailleurs repéré un chemin avant de commencer l'ascension finale. Enfin... chemin est un bien grand mot ! Mais on n'a pas le choix : on ne veut pas rentrer par la même voie qu'à l'aller, les raides ascensions me découragent, je ne peux m'y résoudre. Et puis, tant qu'on est là, autant en profiter pour voir de nouveaux paysages ! On ne le sait pas encore, mais on n'est pas au bout de nos peines...
L'itinéraire nous indique de descendre "en direction des lacs"... Comme on ne voit plus de sentier et qu'on ne trouve pas d'autre solution, on s'élance, tout droit. On est pressés d'arriver à la fin que l'on croit pense, c'est l'énergie des derniers kilomètres - que tu crois ! On n'a en réalité à peine atteint la moitié du circuit. Advienne que pourra, on continue à l'aveuglette, sur un pierrier de moins en moins praticable.
Mes nerfs menacent de lâcher, mais je ne les écoute pas et me mûre dans mon silence de concentration. 
Jusqu'au moment où... cette magnifique vue s'offre à nous. Je m'arrête, un sourire aux lèvres. On reprend notre souffle et notre espoir avec. On est alors requinqués, on se remet en marche plus sereinement.



Mais le chemin reste un mystère. Le pierrier n'est plus marrant du tout : aux petits cailloux fun à dévaler a succédé un mélange de roches fixes et cailloux dérapants. Nos muscles commencent à fatiguer, et on n'en voit pas la fin... Surtout moi. Un moment d'inattention et c'est la chute. Je m'érafle la cuisse, rien de grave, mais mon aisance en a pris un coup. Mes muscles, mes nerfs lâchent. Je peste.
On ne le voit plus finir, ce pierrier de malheur ! On relit une énième fois les explications de Visorando : on était censés laisser "à sa gauche le Culasson (descente très raide et éprouvante)". On pense alors "Eh bien le Culasson, on y est, et on aimerait bien en sortir !" Mais chaque fois que le paysage s'ouvre un peu plus à nous, de nouvelles pierres se dessinent.
Notre espoir, notre mirage, c'est le vert. On voit, au lointain, un chemin serpentant dans la végétation, et c'est ce qui nous fait tenir.




La sombre couleur habitant nos esprits, se fatigant au rythme de nos pas de plus en plus difficiles


A plusieurs reprises, on y arrive, dans le vert. Mais, tel un mirage, le sentier aperçu d'en haut disparaît chaque fois que nous arrivons à lui. Cela en devient terriblement lassant. Quand, tout à coup, il se dessine enfin ! Terre brûlante de poussière et d'espoir, serpentant au milieu des touffes vertes. Ca y est, nous sommes sauvés de cette descente interminable ! 

Le sentier, enfin atteint !



Je me retourne une dernière fois, pour prendre en photo notre calvaire ; puis le laisse bien volontiers derrière nous, m'élançant à mon tour sur le chemin. On est maintenant comme deux enfants, courant presque, animés par l'excitation et la promesse de fraîcheur que nous fait le lac en contre-bas.

Vision d'horreur, vite effacée par...


... Mister A, face aux lacs que nous n'iront pas voir aujourd'hui
D'autres se trouvent sur notre chemin, on garde ceux-ci pour une prochaine fois

Mister A, dans un paysage digne du Seigneur des Anneaux.
Je me crois chez les Hobbits.


On continue notre descente, toujours plus vite à mesure que nos pas nous rapprochent du lac.



Ce point d'eau, que l'on pense être le lac du Poursollet, comporte en lui deux bonheurs rêvés : le premier, celui de la fraîcheur. On arrivera bientôt à cours d'eau, on économise donc et se fixe des objectifs. Le prochain : tenir jusqu'au lac avant de boire à nouveau. Le deuxième bonheur, celui d'une arrivée toujours plus proche, puisque c'est le dernier point de repère dans la description de notre randonnée.

Je peine à suivre Mister A, malgré mon enthousiasme. C'est qu'il en déborde, lui !




Et nous voilà enfin au bord du lac, quel soulagement ! On aperçoit au loin des randonneurs qui ramassent du bois, probablement pour leur feu de ce soir. D'autres sont installés bien tranquillement devant leurs tentes, les pieds dans l'eau. Hormis ces deux groupes et nous, personne !
Personne ? C'est sans compter sur les nombreux insectes qui s'attaquent à nous ! Les mêmes qu'à l'aller, dans les sous-bois. Ceux qui ont déjà laissé nombre de plaies sur les jambes de Mister A. Alors, chacun sa technique : il se prépare à partir au plus vite, je me jette à l'eau. Ca fait un bien fou.

On ne tarde tout de même pas trop, car les démangeaisons deviennent insoutenables pour Mister A.
Ni une ni deux, je rechausse mes souliers, et nous voici de nouveau catapultés dans le monde des Hobbits !



Le réconfort de la fraîcheur, de la pente douce et de la verdure atténue ma rancœur, et je peux maintenant regarder le Grand Taillefer avec fierté.



Je prends peu de photos en route, notre objectif étant de descendre au plus vite, avant qu'il ne fasse nuit. On croise beaucoup de groupes et familles qui montent au lac... Fourchu. Au quoi ? Ce n'était pas le lac du Poursollet ? On comprend alors qu'au lieu d'une petite heure, nous attendent en réalité au moins trois heures de marche...
On a commencé à 10h, il est maintenant 18h, on arrivera à 22h. Courage !

Heureusement, le paysage est là pour nous réconforter. En route, on rencontre également de nombreux ruisseaux, où l'on se rafraîchit d'abord, puis où l'on finit par s'abreuver. Qu'importe si l'on tombe malade, tant que l'on reste en vie !




On finit par tomber nez à nez avec un signe de civilisation, et pas des moindres : un panneau ! Le lac du Poursollet est maintenant à moins d'un demi-kilomètre, et on y trouvera... une buvette, un oasis !

On y est fort bien accueillis, par un couple de retraités entrain de manger devant leur télévision. On nous sert un coca bien frais, face au paysage et à notre accomplissement. On est au paradis, enfin !



Il nous reste encore cinquante minutes théoriques de marche, qui se transformeront en beaucoup plus puisque l'on sort encore du chemin. On arrive finalement à la voiture au crépuscule. Quel soulagement.

On est trop fatigués, ce soir-là, pour mesurer toute la beauté de ce que nous avons vécu, mais je m'en souviens à chaque fois que regarde ces photos... Merci, Mister A, de m'avoir soutenue et aidée à utiliser jusqu'à la dernière de mes forces. Sans toi, je n'y serais pas arrivée.


La vue depuis notre oasis, assis à la terrasse de la buvette du Poursollet, sirotant nos cocas.
Quel sentiment de revanche suprême !
On l'a fait.


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6 réactions

  1. Tu es héroïque ! J'en frissonnais à te lire (la surprise du chef à la fin, les 3 heures en plus). Cela nous est arrivé une fois à Yosemite, le paysage était à couper le souffle, mais j'en garde quand même un souvenir un peu terrorisé ! C'est magnifique. J'adore la deuxième photo, celle du sommet (on dirait un paysage lointain, de Patagonie ou d'ailleurs), et celles du pays des Hobbits - en effet, on se croirait dans leur verte contrée, ça serait presque bucolique si on ne savait pas tes souffrances ;-) J'hésite à dire que tu m'as donné envie de tenter cette ascension, je suis hésitante, malgré la beauté de tes photos !
    Fais moi signe si tu passes en Provence, on pourra randonner sur le Ventoux, dans l'Estérel, le Lubéron ou les calanques de Cassis... que des randos que j'ai déjà faites, promis !

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    1. Merci beaucoup Alexandra, je suis plus qu'heureuse de lire que j'ai réussi à te transmettre mes émotions, et que ça t'a plu.
      Ça nous est arrivé plus d'une fois lors de nors randonnées en famille dans le Sud : on partait le matin et rentrait à la tombée de la nuit, sans eau pour faire les derniers kilomètres. C'est arrivé tellement souvent que ça fait partie de la définition d'une randonnée pour moi, si ça n'arrive pas ce n'est pas fun.
      Merci beaucoup pour mes photos, ça me fait très plaisir ! J'étais aux anges là-bas, niveau photographie et paysages à couper le souffle, j'avais ce que j'étais venue chercher et plus encore ! C'en était même simple de faire de belles photos ; le mérite revient plus au paysage qu'au photographe dans ce genre d'endroit. J'ai tellement envie d'en découvrir plus maintenant !
      C'est une ascension merveilleuse et tu as l'air habituée à randonner, alors je pense qu'il n'y aura pas de problème pour toi. Arme toi de beaucoup d'eau et de motivation, et c'est parti ! Tu ne seras pas déçue, je te le promets.
      Oh oui, randonner dans le Sud ensemble serait superbe ! Dans l'Estérel et le Luberon surtout, je connais beaucoup moins. Et si tu passes vers les Alpes Françaises cet été, n'hésite pas à me faire signe non plus, on pourrait partir à la découverte d'autres paysages tout aussi magnifiques ! Ah, beaucoup de choses à concrétiser maintenant, j'ai hâte !
      Bises à toi, je repasse sur ton blog très vite. Je suis impatiente de découvrir ton récit sur ton voyage en Arizona !

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  2. Wow, quelle rando !
    En tout cas, c'est sûr, les paysages valent le coup ! :D

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    1. Contente que la "balade" t'ait plu :)

      Merci beaucoup pour tous tes commentaires, je suis très touchée du temps que tu m'as accordée et vraiment heureuse que ce que je fais te plaise.

      A bientôt j'espère, sur ton blog ou le mien ;)

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    2. Oh oui, cette balade m'a plus que plu ! :D Me connaissant, je n'aurais pas pu... enfin, ça dépend : j'ai parfois des extrasystoles mais si je ne prends rien qui excite mon cœur, ça va haha ! En Ecosse, par exemple, je buvais beaucoup (trop) de thé ! Alors j'en avais beaucoup pendant les randonnées. :(

      De rien. Le plaisir est partagé. :) ♥
      xxx

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    3. C'est marrant, j'adore quand on me raconte des anecdotes médicales comme ça -je suis étudiante en médecine. Ca me permet de comprendre comment les "vrais gens" vivent les choses, au lieu de juste lire leur description dans un bouquin ; ça me passionne. Mais bref, revenons à nos moutons :p
      C'est pas de chance :/ Mais ne t'inquiète pas, il y a une multitude de paysages extraordinaires accessibles par des chemins beaucoup moins ardus :)

      A très vite <3

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Julie La Blogtrotteuse©. Fourni par Blogger.